Les règles de composition


En tant que photographe, l’image finale dépend de vous. Le choix du matériel, le réglage des paramètres, l’instant du déclenchement, le choix du sujet… et la composition. Ce dernier aspect, essentiel, est l’objet de notre article. Nous allons passer en revue quelques règles de base en la matière. Ces règles ne sont évidemment pas des impératifs à respecter coûte que coûte, mais simplement des aides pour trouver le cadrage qui vous convient.


Sommaire


Composition épurée

C’est peut-être la composition la plus simple. Il vous suffit de prendre un sujet et de l’isoler dans l’image. Pour ce faire, vous pouvez principalement jouer sur l’arrière-plan (peu texturé et distant) et sur la profondeur de champ (faible). Ainsi, l’observateur aura le regard immédiatement attiré par votre sujet, sans rien pour l’en détacher. Il aura ainsi tout le loisir d’en détailler le contenu.

Dans ce cas, moins c’est plus !

Cette technique de cadrage se marie bien avec l’emploi de couleurs complémentaires.

L’arrière-plan n’a pas besoin d’être complètement uni. Ici, il est suffisamment distant pour ne pas attirer l’œil et le contraste de couleur aide à focaliser le regard sur l’oiseau, un chocard à bec jaune.

Remplir le cadre

Pour cette technique, rapprochez-vous de votre sujet pour renforcer votre composition. Cela permet de mettre en évidence les détails d’un sujet ou d’une répétition d’objet, ou de se focaliser sur l’expression d’un visage.

Dans certaines situations, c’est aussi un bon outil pour pouvoir se débarrasser d’éléments perturbateurs, qui distrairaient l’observateur ou enlaidiraient l’image.

Ce type de cadrage est particulièrement adapté aux objets très texturés. On cherchera alors à maximiser la profondeur de champ, pour que tous les éléments de votre sujet soient perceptibles.

Sans un cadrage serré, les finitions du bâtiment se perdraient dans la masse. Ici, au contraire, l’observateur est amené à se plonger dans l’ensemble de détails voulus par l’architecte et à se rendre compte du laborieux travail nécessaire à la réalisation.

Lignes directrices et formes

L’œil est habitué à suivre les lignes et à détecter les formes simples. Il est possible de se servir de cette caractéristique pour amener votre public à se concentrer sur tel ou tel point d’une photographie où pour lui donner un sens de lecture, souligner un mouvement.

Il n’est pas nécessaire d’avoir des lignes droites. Le chemin ondulant joue ici parfaitement son rôle en invitant le spectateur à partir en direction du sommet, le Pico del Teide. Cette image est tirée d’un guide de voyage de Tenerife (îles Canaries) qui vient de paraitre.

Cette image est un autre exemple de la manière dont les lignes (la route et surtout la ligne blanche de droite) vont inciter à se plonger dans le paysage. En l’absence de sommet marquant et dominant à l’extrémité, c’est l’impression de profondeur et de grandeur du paysage qui sont renforcées. Les nuages aident à maintenir le regard dans l’image.

Cadrer

Composer en cadrant dans un cadre ? de quoi s’agit-il ?
Simplement de renforcer le sujet par un élément formant un cadre autour de lui. Ce cadre peut être naturel ou non, mince ou épais, peu importe, il doit mettre en évidence le sujet. C’est le « framing » des anglophones.
Il joue le même rôle que l’encadrement d’une décoration murale : sublimer et diriger l’œil.

Le cadre n’a besoin ni d’être droit ni d’être discret. Ici, le caractère délabré du « cadre » renforce l’ambiance créée par cette église singulièrement rudimentaire.

Couleur

Mis à part si l’on travaille en noir & blanc, la couleur joue un rôle fondamental en photographie, aussi bien capable d’attirer l’œil et de fixer le regard au bon endroit que de le faire se perdre au mauvais endroit.
Largement étudiées, en peinture et photographie, les couleurs et les sensations qu’elles inspirent ont fait l’objet de nombreux ouvrages. Un prochain article y sera probablement dédié.
Il s’agit de penser votre sujet par rapport à un contraste entre les couleurs ou à la présence d’un élément vif qui saura faire ressortir le sujet. Des teintes douces ou vives créeront des atmosphères différentes.
Les couleurs complémentaires aident également à mettre en avant le sujet.

Le ton vif du bec attire immédiatement l’œil sur le sujet en pleine action. De là, le regard peut se promener librement d’une « tache blanche » à une autre, laissant découvrir les goélands d’Audouin.

Jaune, même un élément de petite taille se fait remarquer. Ici, le sujet principal, ce papillon citron qui fait semblant d’être mort, capte le premier coup d’œil. Ensuite, les jumelles bleues et orange ne manqueront pas d’attirer le regard, malgré leurs positions marginales. Elles contribuent ainsi à donner le contexte : sortie avec les enfants sur le thème de la découverte de la nature. Rassurez-vous, aucun animal n’a été blessé pour réaliser cette photographie.

Contraste lumineux

Le contraste est un facteur important dans la lecture d’une image en couleur et, a fortiori, dans une image monochrome. Il permet de relever les détails, reliefs et textures du sujet. Les secteurs les plus lumineux auront tendance à attirer le regard en premier. Les choix au niveau de l’intensité lumineuse guideront donc l’observateur dans la lecture de l’image. Cela implique également de veiller à ne pas avoir de lumière (ou contraste de lumière) parasite qui viendrait compliquer la lecture.
Contraste lumineux et couleurs fonctionnent de manière similaire. Utiliser conjointement, ils se renforcent.

L’éclairage latéral de la rue et celui de la façade claire convergent et amènent rapidement le regard vers la randonneuse qui traverse ce village du canton des Grisons, en Suisse. Ce n’est qu’après que des contrastes moins forts invitent à observer les façades et leurs volets.

Sur cette seconde image, c’est également la lumière latérale qui produit un fort contraste et souligne les courbes de ce cheval de Camargue. La lumière forte sur le côté de la tête diminue les détails et invite l’œil de l’observateur à se poser sur celui de l’équidé.

Équilibre symétrique

La symétrie est souvent synonyme d’esthétique, ainsi des études ont montré que les visages parfaitement symétriques étaient considérés comme plus beaux (en moyenne). La symétrie est naturellement recherchée du regard et pourra ainsi inviter le spectateur à s’attarder davantage de temps devant une image.

Le reflet dans l’eau est une manière commune de créer une symétrie dans une image. Plus l’eau sera calme et la vitesse d’obturation élevée, meilleur sera l’effet miroir.

Asymétrie

Si la symétrie marche bien, créer une tension par un déséquilibre dans l’image fonctionne aussi. Là, c’est le contraste entre deux sujets qui prend de l’importance. Un rapport d’échelle, des différences de texture, de forme… c’est ce qu’il faut rechercher.

Deux éléments se retrouvent dans cette photographie. En premier, l’asymétrie entre la partie de droite qui semble sauvage et la partie de gauche marquée par l’installation électrique. En second, ce sont les silhouettes bien distinctes entre la vache Highland de droite et son taureau, beaucoup plus massif. Le fait que les deux animaux se tournent le dos rajoute de la tension.

Dans cette image prise dans l’Emmental, en Suisse, ce sont les silhouettes de ces arbres fruitiers qui rentrent en opposition, par le caractère dense, respectivement, clairsemé de leurs branchages. La morphologie du terrain, qui donne l’impression que chaque arbre à son propre bout de sol, renforce cette asymétrie.

Multiplication des plans

Une manière d’ajouter de la profondeur à une image c’est d’y faire apparaître des éléments à différentes distances. Le passage d’un élément à l’autre crée ainsi un parcours visuel pour le spectateur. Cela est particulièrement vrai pour les paysages. Inclure plusieurs plans enrichira vos images.

Ici, le premier plan n’est pas « gratuit », en plus de rajouter de la profondeur à la prise de vue, il renseigne sur le contexte. Ainsi, le spectateur peut facilement rentrer dans le sujet, soit « tourisme à New York ».

Souvent, en photographie, le premier plan est petit pour laisser de la place à toute la scène. Dans cette image, au contraire le premier plan s’impose à l’observateur. Il laisse ensuite découvrir un second arbre en silhouette, sur la droite. Presque au centre, quelques arbres moins perceptibles rajoutent encore de la profondeur et mettent en évidence le brouillard présent.

Règle des tiers

Sans nul doute la règle la plus connue, la règle des tiers incite à décentrer le sujet. L’espace laissé libre donne l’opportunité de faire vivre l’image, par exemple en s’inscrivant dans le mouvement du sujet.
Le principe est simple, imaginez que votre image est divisée en 3 parties verticalement et également horizontalement. C’est comme si vous aviez deux lignes dans chaque sens réparties uniformément. Les points de rencontre de ces lignes constituent alors les emplacements sur lesquels positionner les éléments forts de votre image (les yeux, un animal, une fleur, l’horizon…).

Pour vous aider dans votre composition, de nombreux appareils photo offrent la possibilité d’afficher une grille en surimpression du viseur ou de l’écran.

La règle des tiers n’implique pas nécessairement de se limiter à un seul élément. Ici, le pied de la chute et la chute secondaire ont été placés de manière à coïncider avec les points d’accrochage du quadrillage.

Le nombre d’or

Le nombre d’or (aussi appelé divine proportion) c’est le résultat d’un ratio, d’une proportion qui répond à la formule suivante :
a/b = (a + b) /a, où « a »est la plus grande longueur.

Ce ratio (le nombre d’or) vaut environ 1,62 (ou si vous préférez 1,61803398875…).
Le rectangle ci-dessous est proportionné selon le nombre d’or, a/b étant égal à environ 1,62.
Il en est de même pour les deux portions du segment tracé.

« Bon super, mais je croyais que c’était un article sur la photo…. »

J’y viens. Le nombre d’or peut s’utiliser de manière assez simple à la façon de la règle des tiers ou, de manière un peu plus complexe, selon la spirale de Fibonacci. Cette dernière consiste (dans les grandes lignes) à faire passer une spirale par des points situés chaque fois en découpant le rectangle selon le ratio du nombre d’or.

Ensuite, il s’agit d’inscrire le sujet là où se concentre la spirale, avec idéalement une suite d’éléments qui suivent la spirale de l’extérieur vers l’intérieur. Plus facile à dire qu’à faire. Cela ne se prête de loin pas à tous les sujets.

Voilà ce que peut donner l’application de la spirale de Fibonacci. D’abord ce sont le chemin et les arbres qui entrainent l’œil pour que ce dernier finisse par s’arrêter sur les deux personnes au milieu des troncs.

En appliquant, le nombre d’or de manière similaire à la règle des tiers, le résultat est bien plus centré. Dans tous les cas, c’est une affaire de goût, qui dépendant aussi des éléments en présence lors de la prise de vue.
Nous voilà arrivés au terme de cet article. Je vous propose deux exercices pour aller plus loin.
Le premier consiste simplement à parcourir les photographies de cette page et de chercher quelles sont les « règles » qu’elles suivent.
Le second exercice consiste à parcourir votre photothèque et de regarder si vos images préférées correspondent à l’une ou l’autre de ces règles.

Toutes les images de cet article sont de Frédéric Grimaître et une partie provient de son premier livre – L’image du jour.

,

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *